Initiation à la photo de rue

Initiation à la photo de rue

En juin dernier, je suis allée faire un stage de photo de rue, animé par la photographe Nadine Barbançon.

Les codes de la photo de rue

Je n’avais pas d’attrait particulier pour cet exercice, juste l’envie et la curiosité d’en décrypter les codes esthétiques. En effet, je me demande parfois si les effets de flou, les compositions y sont des effets savamment calculés et maitrisés… ou le fruit d’un grand coup de chance ! La frontière entre une photo de rue réussie et une photo prise au hasard me semblait assez ténue. Tout en étant consciente que mon ignorance en la matière ne me permettait pas d’apprécier à sa juste valeur.

photo de rue
Les compositions magistrales d’Henri Cartier Bresson

En fait j’ai adoré la photo de rue, car c’est vraiment un gros challenge pour un photographe. C’est un exercice difficile et l’équilibre entre une composition dynamique et esthétique, et une composition banale, voire ratée est très précaire. Et les scènes à capter sont si éphémères… elles disparaissent en un clin d’œil, cela fait partie du défi, prendre sur le vif, capturer l’« instant décisif » cher à Cartier Bresson.

Et c’est le fruit d’un long et patient travail d’observation, d’arpentage des rues aux aguets, et d’anticipation. D’où l’expression de chasseur d’images ! Les photographes de rue doivent d’ailleurs prendre un nombre impressionnant de photos afin de collecter leurs pépites !

photo de rue - Gary Winogrand
Les scènes prennent vie avec Gary Winogrand

Nadine nous a montré des photos de maitres permettant de mieux en assimiler les codes. L’incontournable Cartier Bresson avec ses cadrages millimétrés et archimaitrisés. Gary Winogand : des cadrages dynamiques, des scènes pleines de vie.
Un original, Bruce Gilden, qui saisit sur le vif les passants avec un énorme flash et se sauve sans demander son reste (et sans attendre de recevoir une baffe ?). J’ai aussi pensé à Vivian Maier, qui a « croqué » tant de personnages si pittoresques dans les rues de Chicago ou New York.

photo de rue -Bruce Gilden, au flash
Avec Bruce Gilden, ça flashe !

Oser photographier les autres

Nous étions 7 participants aux niveaux photographiques variés, tous des passionnés (même si, pudiquement, personne ne l’a clamé haut et fort). Nous avons donc investi le quartier Saint-Laurent à Grenoble pendant tout un week-end, avec pour mission de photographier selon des thèmes : les contraires, faire une collections, les jeux de réflexion dans une vitrine, champ, hors champ, etc…

Le samedi matin, les quelques passants du quartier se sont demandé qui étaient ces frénétiques du déclenchement. Parmi les « stagiaires », beaucoup ont photographié des sujets non animés (si on exclue les pigeons).

Nadine nous a ensuite aiguillés vers comment faire bouger ses propres limites. Or la photographie de rue est avant tout une affaire d’oser, autant que de technique. Être au clair avec ce que l’on veut faire, être confiant dans l’importance de ce que l’on fait, et oser… Oser photographier de parfaits inconnus, capter leur accord tacite par un regard ou un vrai échange verbal. Tout en tentant d’organiser son image, de se jouer des contraintes (voir la foule comme une opportunité de composer sa photo en différents plans par exemple). Et au passage, se donner « la chance » de récolter de belles photos parfois de manière inattendue, mais un peu provoquée tout de même. Il y a toute une facette d’anticipation : attendre que la silhouette d’un passant se dessine dans un cadre que l’on a choisi à l’avance (un peu comme Cartier Bresson qui a attendu qu’un cycliste vienne harmonieusement compléter sa photo ci-dessus), guetter le reflet propice dans une vitrine, composer dans sa tête une image en fonction du décor et attendre le personnage qui viendra lui donner vie.

Même temps, même lieu… et une étonnante diversité

Le 2e jour du stage par chance il y avait une braderie dans le quartier, qui est devenu très animé. Autant la veille nous nous étions tous plus ou moins cachés derrière nos objectifs pour capter des scènes en catimini, autant durant la braderie nous nous sommes lancés, cherchant la belle photo avec l’accord tacite de nos « sujets ». Et personnellement j’ai été bluffée par la créativité différente de chacun d’entre nous et la beauté des meilleures photos. Nous avons aussi beaucoup apprécié de commenter et « critiquer » ensemble nos photos. La photographie, d’un exercice solitaire, était devenue un moyen de partage autour d’une même passion. Et ces deux journées sont passées en un clin d’œil !

Les photographes dans l’ordre : Gaelle Briard, Annie Frenot, Philippe Menanteau

A bientôt,

Annie pour Mes-photos-se-livrent, société d’édition de livre photo.

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